✨ Lifestyle 13 min de lecture par Anaïs

Colis jamais reçu ou marqué livré : vos recours étape par étape

« Votre colis a été livré. » Sauf qu’il n’est ni sur le palier, ni chez la voisine, ni au relais. Le vendeur vous renvoie vers le transporteur, le transporteur vers le vendeur. La loi, elle, est beaucoup plus claire que ce ping-pong.

Carton de livraison vide ouvert sur un bureau avec téléphone et bon de commande
Illustration générée par IA

L'essentiel en 30 secondes

  • Votre interlocuteur est le vendeur, pas le transporteur. Quand le professionnel a choisi le livreur, il répond seul de la bonne livraison, et le risque ne vous est transféré qu’au moment où vous prenez physiquement possession du colis.
  • Sans date annoncée, le vendeur doit livrer dans un délai maximal de 30 jours après la commande.
  • En cas de retard, la procédure est en deux temps : un écrit qui fixe un délai supplémentaire raisonnable, puis, s’il n’est pas tenu, l’annulation de la commande par le même moyen.
  • Après annulation, le remboursement est dû sous 14 jours. Passé ce délai, la somme est majorée de 10 %, puis 20 % entre 31 et 60 jours de retard, et 50 % au-delà.
  • Un colis marqué livré sans que vous l’ayez reçu ne prouve rien : c’est au vendeur d’apporter la preuve de la remise effective.
  • Si le vendeur ne répond plus, deux recours gratuits existent avant le tribunal : le médiateur de la consommation et SignalConso.

Le scénario a une mécanique très reconnaissable. Un SMS annonce la livraison, rien n’arrive. Vous écrivez au vendeur, qui vous répond de contacter le transporteur. Le transporteur vous répond que seul l’expéditeur peut ouvrir une réclamation. Vous revenez vers le vendeur, qui ne répond plus. Au bout de trois allers-retours, on finit souvent par renoncer à 45 €, ce qui est exactement le calcul que fait l’autre partie. Pourtant, la règle de départ est simple et elle vous est favorable.

Qui est responsable, vraiment

C’est le point qui débloque tout le reste, et c’est celui que les services clients entretiennent dans le flou. Lorsque vous achetez à distance et que le professionnel choisit le transporteur, c’est le cas de figure ordinaire, avec un mode de livraison sélectionné parmi ceux qu’il propose, le vendeur est seul responsable de la bonne livraison. Le risque de perte ou de dommage ne bascule sur vos épaules qu’à partir du moment où vous prenez physiquement possession du colis.

La conséquence pratique est nette : vous n’avez pas à ouvrir une réclamation auprès du livreur, à courir après un numéro de suivi ou à prouver que vous étiez chez vous. Ce n’est pas votre contrat. Vous écrivez au vendeur, vous lui demandez soit la livraison, soit le remboursement, et c’est à lui de se retourner ensuite contre son prestataire. Le seul cas où la responsabilité change de camp, c’est si vous avez imposé un transporteur qu’il ne proposait pas.

La procédure en deux temps, dans le bon ordre

Beaucoup d’acheteurs sautent une étape et se retrouvent bloqués : ils annulent directement, le vendeur refuse, et la discussion s’enlise. La loi impose un enchaînement précis, et le respecter vous met en position de force si l’affaire va plus loin. Comptez une quinzaine de minutes pour l’ensemble, étalées sur deux ou trois semaines.

De la première relance au remboursement

  1. Vérifier la date de référence

    Reprenez la confirmation de commande. Si une date ou un délai de livraison y figure, c’est celui-là qui compte. Si rien n’est indiqué, le vendeur avait 30 jours à compter de la commande. Notez cette date, tout le reste en découle.

  2. Réclamer la preuve de livraison

    Si le suivi affiche « livré », demandez par écrit la preuve de remise : signature, photo, nom du point relais, horodatage. C’est au vendeur de démontrer que le bien vous a bien été remis, pas à vous de prouver l’inverse.

  3. Envoyer la mise en demeure de livrer

    Un écrit sur support durable, lettre recommandée avec accusé de réception, ou courriel conservé, qui fixe un nouveau délai raisonnable, par exemple huit ou dix jours. Mentionnez le numéro de commande, la date initiale et la somme versée.

  4. Annuler si le délai n’est pas tenu

    Passé ce nouveau délai, vous annulez la commande par le même moyen. Deux exceptions permettent d’annuler tout de suite, sans passer par cette étape : le vendeur refuse clairement de livrer, ou la date était essentielle et connue de lui, un cadeau pour une date précise, par exemple.

  5. Réclamer le remboursement et les majorations

    Le vendeur doit rembourser la totalité des sommes versées dans les 14 jours suivant l’annulation. Au-delà, la somme est majorée de 10 %, de 20 % entre 31 et 60 jours de retard, et de 50 % ensuite. Rappelez-le explicitement dans votre courrier : cela accélère beaucoup les dossiers.

  6. Saisir un recours gratuit

    Sans réponse, saisissez le médiateur de la consommation dont les coordonnées figurent obligatoirement sur le site marchand et dans les conditions générales, et signalez le professionnel sur SignalConso. Les deux démarches sont gratuites.

« Marqué livré » mais rien sur le palier

C’est le cas le plus frustrant, parce qu’on se sent immédiatement en position d’accusé. Rappelons donc l’essentiel : un statut « livré » dans un outil de suivi n’est pas une preuve de remise. C’est une donnée saisie par un livreur, parfois par anticipation en fin de tournée, parfois sur un mauvais numéro de rue. La charge de la preuve reste du côté du professionnel.

Cela dit, avant d’écrire, faites le tour des quatre endroits où le colis se trouve réellement dans la majorité des cas : chez un voisin, derrière le portail ou dans le local à poubelles, au point relais le plus proche malgré une adresse domicile, ou reparti au dépôt après une tentative. Vingt minutes de vérification évitent parfois trois semaines de procédure, et permettent d’écrire ensuite avec beaucoup plus d’assurance.

Ce que dit le suivi, ce qu’il faut faire
Le statut affichéCe que ça signifie souventVotre action
Livré, sans signatureDépôt devant la porte ou saisie anticipéeDemander la preuve de remise au vendeur
Livré à un tiersRemise à un voisin ou au gardienDemander le nom noté par le livreur
En cours de livraison depuis des joursColis égaré dans le réseauMise en demeure de livrer, délai de 8 à 10 jours
Retourné à l’expéditeurAdresse incomplète ou absence répétéeExiger une nouvelle expédition ou le remboursement
Aucun suivi depuis la commandeColis jamais remis au transporteurRappeler le délai de 30 jours et annuler si dépassé
Le vendeur ne répond plus du toutBoutique en difficulté ou peu sérieuseMédiateur, SignalConso, puis contestation bancaire

Conservez systématiquement les captures d’écran du suivi : elles disparaissent souvent des interfaces au bout de quelques semaines.

Le remboursement bloqué : les leviers réels

Une fois la commande annulée, le compte à rebours de 14 jours démarre. Les majorations légales ne sont pas symboliques : sur une commande à 300 €, dix jours de retard supplémentaires ajoutent 30 €, et un dossier qui traîne trois mois porte la somme due à 450 €. La plupart des services clients l’ignorent, et le simple fait de citer ces pourcentages dans un courriel change souvent le ton de la réponse.

Il existe un dernier levier, moins connu et souvent mal présenté : la contestation auprès de votre banque. Attention à ce qu’elle est vraiment. Ce n’est pas un droit prévu par le Code de la consommation, mais une procédure propre aux réseaux de cartes bancaires, dont les conditions et les délais dépendent du réseau et de votre établissement. Elle peut aboutir quand le vendeur a disparu, mais elle ne remplace pas les démarches précédentes : engagez-la en complément, pas à la place.

Médiateur de la consommation ou tribunal

Le médiateur

  • Gratuit pour le consommateur, sans avocat
  • Coordonnées obligatoirement indiquées sur le site marchand
  • À saisir après une réclamation écrite restée sans réponse
  • Solution amiable : elle suppose que le vendeur joue le jeu

La voie judiciaire

  • Pour les litiges où la médiation a échoué ou est refusée
  • Procédure allégée pour les petits montants, sans avocat obligatoire
  • Suppose un dossier écrit complet, d’où l’importance des archives
  • Délais longs : plusieurs mois, parfois davantage

Commencez toujours par le médiateur : c’est gratuit, rapide, et un refus de sa part documente votre bonne foi si vous allez plus loin.

Ne pas confondre avec le droit de rétractation

Ce sont deux mécanismes différents, souvent mélangés dans les échanges avec les services clients. Le droit de rétractation vous permet de renvoyer un achat à distance dans les 14 jours suivant la réception, sans avoir à vous justifier : il suppose donc que vous avez reçu le colis. Le régime du retard de livraison, lui, concerne précisément le cas inverse. Employer le bon vocabulaire évite qu’on vous réponde à côté.

  • Retard de livraison : le colis n’est jamais arrivé. On exige la livraison, puis on annule et on se fait rembourser.
  • Rétractation : le colis est arrivé mais ne convient pas. On dispose de 14 jours à compter de la réception pour le signaler, puis on renvoie.
  • Produit abîmé ou non conforme : le colis est arrivé mais le contenu est cassé ou ne correspond pas. C’est la garantie légale de conformité qui s’applique, avec des délais bien plus longs.
  • Article jamais expédié : c’est un retard de livraison, pas une rétractation, et le délai de 30 jours court depuis la commande, pas depuis l’expédition.
  • Commande partielle : chaque article manquant se traite séparément, avec ses propres dates et sa propre annulation.

Le dossier qui fait la différence

Tout se joue sur ce que vous pouvez montrer trois mois plus tard. Un dossier bien tenu prend cinq minutes à constituer au moment de la commande et vaut, en cas de litige, bien plus qu’une longue argumentation. C’est exactement la même logique que pour vos papiers administratifs : ce n’est pas le volume qui compte, c’est de retrouver la bonne pièce en dix secondes.

À conserver dès la commande

  • La confirmation de commande avec la date et le délai de livraison annoncé.
  • La preuve de paiement : relevé bancaire ou reçu du service de paiement.
  • Les conditions générales de vente au moment de l’achat, en PDF, elles changent souvent après coup.
  • Les captures d’écran du suivi, datées, avant qu’elles ne disparaissent de l’interface.
  • L’intégralité des échanges avec le service client, y compris les conversations en direct, exportées ou capturées.
  • La copie de votre mise en demeure et l’accusé de réception, s’il y en a un.
  • Les coordonnées du médiateur, relevées sur le site marchand avant que la boutique ne ferme.

Réduire le risque avant de cliquer

La meilleure réclamation reste celle qu’on n’a pas à écrire. Sans tomber dans la méfiance systématique, quelques réflexes suppriment l’essentiel des mauvaises surprises, en particulier sur les boutiques que vous ne connaissez pas. Prenez aussi l’habitude de payer sur des sites où vous avez vérifié le protocole et le moyen de paiement, ce qui rejoint les gestes de base pour sécuriser vos transactions bancaires en ligne. Le même réflexe de vigilance vaut pour une carte cadeau expirée offerte ou achetée en ligne : lire les conditions avant d’en accepter une évite bien des déconvenues plus tard.

  • Lire les mentions légales : une boutique sérieuse indique une raison sociale, une adresse postale et un numéro d’identification. Leur absence est un signal suffisant pour renoncer.
  • Repérer le médiateur avant d’acheter : son nom doit figurer dans les conditions générales. S’il n’y est pas, le professionnel ne respecte déjà pas ses obligations.
  • Préférer la livraison en point relais pour les articles de valeur moyenne : la remise y est tracée et rarement contestable.
  • Éviter le virement bancaire direct vers un vendeur inconnu : il n’offre aucun des recours associés au paiement par carte.
  • Photographier le colis à l’ouverture quand il s’agit d’un objet fragile ou coûteux, emballage compris et avant de le détruire.
Dans ce type de litige, on ne gagne pas en ayant raison, on gagne en ayant écrit. Le premier courriel daté vaut toutes les conversations téléphoniques du monde.
, Anaïs

Vos questions, nos réponses

Mon colis est marqué livré mais je ne l’ai pas reçu, que faire ?
Commencez par vérifier chez les voisins, au point relais le plus proche et derrière le portail ou dans le local à poubelles. Si rien ne ressort, écrivez au vendeur, pas au transporteur, et demandez-lui la preuve de la remise : signature, photo, horodatage, nom de la personne ayant réceptionné. Un statut « livré » dans un outil de suivi ne constitue pas une preuve, et c’est au professionnel de démontrer que le bien vous a bien été remis.
Qui est responsable d’un colis perdu, le vendeur ou le transporteur ?
Le vendeur, dès lors que c’est lui qui a choisi le transporteur, ce qui est le cas quand vous sélectionnez un mode de livraison parmi ceux qu’il propose. Le risque ne vous est transféré qu’au moment où vous prenez physiquement possession du bien. Vous n’avez donc pas à ouvrir de réclamation auprès du livreur : c’est au vendeur de se retourner contre son prestataire. La règle change seulement si vous avez imposé un transporteur qu’il ne proposait pas.
Quel est le délai légal de livraison d’une commande en ligne ?
Si le vendeur a annoncé une date ou un délai, c’est celui-là qui s’applique. En l’absence d’indication, il doit livrer dans un délai maximal de 30 jours à compter de la commande. Ce délai court depuis la commande et non depuis l’expédition, ce qui est une nuance importante quand un article reste des semaines en préparation. Passé cette échéance, vous pouvez engager la procédure de mise en demeure puis d’annulation.
Dans quel délai dois-je être remboursée après avoir annulé ?
Dans les 14 jours suivant l’annulation, pour la totalité des sommes versées. Au-delà, la loi prévoit des majorations automatiques : la somme due est augmentée de 10 % pour un retard allant jusqu’à 30 jours, de 20 % entre 31 et 60 jours, et de 50 % au-delà de 60 jours. Mentionnez explicitement ces pourcentages dans votre courrier : beaucoup de services clients les ignorent, et le rappel accélère nettement les dossiers.
Puis-je annuler ma commande immédiatement, sans mise en demeure ?
Dans deux cas seulement. D’abord si le vendeur refuse clairement de livrer, par exemple en annonçant l’indisponibilité définitive. Ensuite si la date de livraison constituait une condition essentielle du contrat et qu’il en avait connaissance : un cadeau pour un anniversaire précis, une tenue pour un événement daté. Hors de ces situations, il faut passer par l’écrit fixant un délai supplémentaire raisonnable avant de pouvoir annuler valablement.
Que faire si le vendeur ne répond plus du tout ?
Saisissez le médiateur de la consommation dont les coordonnées doivent figurer sur le site marchand et dans les conditions générales : la démarche est gratuite et ne nécessite pas d’avocat. Signalez également le professionnel sur SignalConso. Si le vendeur est établi ailleurs dans l’Union européenne, le Centre européen des consommateurs France peut intervenir. En parallèle, renseignez-vous auprès de votre banque sur une éventuelle contestation du paiement par carte.
La contestation auprès de ma banque est-elle un droit automatique ?
Non, et c’est une confusion fréquente. La rétrofacturation ne découle pas du Code de la consommation : c’est une procédure propre aux réseaux de cartes bancaires, dont les conditions, les motifs recevables et les délais dépendent du réseau et de votre établissement. Elle peut sauver un dossier lorsque le vendeur a disparu, mais elle vient en complément des démarches légales, jamais à leur place. Renseignez-vous tôt : les délais sont souvent courts.

Le mot de Anaïs

La gourmande organisée

Ce type de litige se gagne sur trois réflexes seulement : écrire au vendeur et pas au transporteur, dater chaque étape, et citer les délais légaux plutôt que d’argumenter. Mon conseil très concret : dès qu’un colis dépasse la date annoncée, ouvrez un dossier, capture du suivi, confirmation de commande, preuve de paiement, et envoyez un premier courriel le jour même. Il ne vous coûte rien, il fait courir les délais, et il suffit à débloquer une grande partie des situations.

Ça vous a servi ? Passez le mot →
à lire aussi

Dans la même veine

Toute la rubrique Lifestyle